Culturissime LITTÉRATURE

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La nuit est un jour comme les autres (Chapitre 3)

Roman en trois parties par Max Torregrossa

sept. 29, 2026
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Sommaire

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PREMIÈRE PARTIE / Chapitre troisième

La mort du père survient un matin, inopinée et pourtant sans surprise, comme l’aboutissement naturel d’une existence discrète. Sa présence, qui ne s’imposait jamais, continue pourtant de prévaloir dans les habitudes de la mère, dans le bureau inchangé, dans les souvenirs d’une intimité « nécessaires » plutôt que choisis. Un regard neutre surprenant un premier baiser, un « ma chérie » murmuré depuis un lit d’hôpital, ces rares brèches dans la retenue familiale révèlent la profondeur d’un attachement jamais déclaré. Face à l’absence, la narratrice s’absorbe dans le choix minutieux d’une tombe, comme pour donner forme à ce qui échappe. Le père disparu habite encore les rêves, les mots et les gestes du quotidien, preuve qu’une certaine humanité continue d’exister au-delà de la mort.

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Mon père mourut un matin ; il avait vécu jusque-là sans histoires. Ce fut très inopiné, mais nous ne fûmes pas autrement étonnés, comme si cette mort avait été de son seul ressort et que nous l’avions acceptée de cette manière. Lorsque ma mère me dit au téléphone « ton père est mort ce matin », avant que cette information atteigne la couche la plus profonde de mon être pour s’installer à la place qui, de tout temps, lui était naturellement préparée, je l’entendis de la même façon que si elle avait annoncé : « ton père a décidé de ne plus aller à son cours d’italien le mardi. » Soit ! Il ne vivra plus, c’est son choix, avais-je alors pensé. Plus tard, en me rappelant cette absence complète d’étonnement, je l’attribuais au caractère de mon père et à cette forme particulière d’individualisme de ces personnes qui, sans être résignées dans l’existence, ne se débattent pas parce qu’elles s’y trouvent et y évoluent naturellement, sans revendications apparentes et sans réclamer au sort plus que ce qu’elles ont. Ces gens s’accommodent en général aisément des circonstances de la vie, ne s’y opposent d’aucune manière et c’est souvent parce qu’ils ont rarement le sentiment d’avoir échoué. Ce n’est pas de la fatuité de leur part, mais dû au fait que leur réussite est rarement et formellement identifiable par les autres. Ce qui pourrait nous sembler un insuccès ou une déception peut au contraire être ce qu’ils espéraient et attendaient. La considération d’autrui n’ayant par conséquent que peu d’effet sur ces individus, ils ont une présence qui diffère de celle des communes personnes, une présence qui ne s’impose pas, mais qui prévaut souvent et nettement.

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