Culturissime LITTÉRATURE

Culturissime LITTÉRATURE

La nuit est un jour comme les autres (Chapitre 4)

Roman en trois parties par Max Torregrossa

oct. 06, 2026
∙ Abonné payant

Sommaire

Site du roman

PREMIÈRE PARTIE / Chapitre quatrième

De tous les mois, c’est juin que la narratrice préfère : la ville s’y dilate, la lumière vernit la pierre, les soirs se creusent pour accueillir les désirs, et elle marche des Invalides à Montparnasse comme on gravirait une colline de blés. Son corps, qu’elle juge malhabile et trop comptable, n’a d’utile que de longues jambes qui réclament la marche ; face à Nadia, abondante et sans hésitation, elle n’est que chair, nerf et calcul. Les nuits d’été, fenêtres ouvertes, mêlent les bruits de la cour aux lectures virgiliennes du père, aux draps qui enserrent comme des serpents, aux hypnotiques qui précipitent dans un néant tordu. Un après-midi d’enfance, sur une plage du Dodécanèse, une vague venue de l’horizon la recouvrit seule, emplit ses poumons, éleva son esprit, puis se retira sans que personne d’autre l’eût vue. Depuis, elle attend le retour de cette onde : elle n’est plus qu’une grève.

Extrait audio :

0:00
-0:56
La lecture audio n'est pas prise en charge par votre navigateur. Veuillez le mettre à niveau.

De tous les mois de l’année, c’est juin que je préfère, les journées sont belles, la lumière tendre et les premières chaleurs sont d’une timide douceur. En juin, la ville redevient paisible et va tranquillement dans sa journée, du lever du soleil quand l’air encore un peu frais se contracte et donne l’impression, pour qui lève la tête vers le ciel, de pouvoir le respirer tout entier, jusqu’au soir — les tendres soirs de juin — qui, comme tous les Parisiens le savent, sont faits en creux pour que les désirs, les espoirs et toutes les sortes de pensées agréables viennent y trouver une place au bord de la nuit qui arrive.

Dès les premiers jours du mois, tous les matins en sortant de chez moi, j’ausculte le zénith, guettant les signes annonciateurs du solstice comme, j’imagine, devaient le faire les anciens augures. Ensuite, au fil des heures, l’atmosphère se relâche, se détend. Les sons dans la rue s’allongent imperceptiblement, cessant même de résonner vers les midi à certains endroits. Selon la disposition des bâtiments, la lumière recouvre la pierre d’un vernis plus ou moins coruscant et tout semble alors plus volumineux, comme dilaté, l’espace aussi bien que le temps qui s’étire au long de la journée. Il faut quelques jours pour s’habituer à ces modifications de dimensions et à cette nouvelle profondeur de la ville. Un observateur attentif constaterait durant cette courte période certains changements significatifs dans le comportement des passants, dans leurs façons de marcher plus lentement, de sourire sans raison, de dégager et de lever le front tout en allant leur chemin. Ce sont autant de prémices annonçant l’arrivée prochaine de cette suspension astrale qui, depuis que le monde est monde, annonce l’accomplissement du printemps et l’éclaircissement des berges de l’été.

Avatar de User

Continuez la lecture de ce post gratuitement, offert par CULTURISSIME.

Ou achetez un abonnement payant.
© 2026 CULTURISSIME SAS · Confidentialité ∙ Conditions ∙ Avis de collecte
Lancez votre SubstackObtenir l’appli
Substack: la plateforme pour la culture et les idées