Culturissime LITTÉRATURE

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La nuit est un jour comme les autres (Chapitre 6)

Roman en trois parties par Max Torregrossa

oct. 20, 2026
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Sommaire

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PREMIÈRE PARTIE / Chapitre sixième

La narratrice revient sur les conversations interminables qu’elle tient avec sa mère, échanges délibérément anodins où le sérieux n’apparaît qu’en creux, par défaut — jusqu’à l’annonce, un matin de juin, de la mort du père. De ce deuil surgissent des souvenirs récurrents, comme l’odeur de la fleur de cerisier qui accompagnait la voix maternelle, et une méditation sur la mémoire qui recompose le passé à la manière des planches des anciens atlas de botanique. Face à elle, Nadia, l’amie ardente qui agit sans penser, représente le portrait inverse : entre la quête de vivre de l’une et la simple existence de l’autre, ce texte d’une finesse et d’une mélancolie rares explore ce que l’on tait, ce que l’on attend et ce que l’on montre de soi.

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Effectivement, je suis seule, c’est-à-dire que je vis seule, et puisque ma mère depuis toutes ces années ne me l’a jamais fait remarquer, je suppose que c’est important. Nous avons toujours des échanges qui se rapportent à des considérations banales, anodines et ordinaires, mais rarement ennuyeuses parce que ma mère possède un authentique don pour la narration et parce qu’elle aime foncièrement ce qu’il y a de commun dans la vie et en particulier dans celle des autres. Il y a aussi que, comme elle, je suis une excellente écouteuse, nous pouvons par conséquent nous entretenir de toutes sortes de choses extrêmement longuement, nous les exposer sous tous les aspects possibles et de plusieurs points de vue, les commenter, estimer leurs effets sur telles ou telles autres situations, les épuiser jusqu’à ne plus du tout y penser ensuite. Ça étonne mon frère, qui ne comprend pas qu’on puisse se parler aussi abondamment sans échanger d’informations immédiatement employables. Son jugement est doublement compréhensible parce que lui-même est sobre en paroles (il tient en cela de notre père) et parce qu’en tant que magistrat de cour d’appel, il n’apprécie rien de moins que la concision dans les propos. Or, ceux que nous échangeons ma mère et moi n’ont pas cette propriété, incapables qu’ils sont de trancher quoi que ce soit, ne pouvant aller directement dans le vif et au-dedans des choses. Nos mots agissent plutôt par polissage et frottements, s’intéressant plus à la forme et à l’extérieur qu’au contenu.

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