Le texte ci-dessous est une nouvelle d’Yves Buraud extraite du volume « Archipel Précaire » édité en 2011 aux éditions VivoEquidem (à présent Culturissime SAS).
La série des neuf nouvelles du volume sera publiée durant l’été 2026
Yves Buraud est artiste plasticien et auteur.
CHÂTEAU-LOTO
L’ADA
Les Archives De l’Architecture conservent des documents sur des formes singulières d’habitats aujourd’hui disparus. On ne saurait trop insister sur la richesse de ces archives, dont des dizaines de milliers d’autochromes constituent l’une des plus grandes collections du monde. Leur bibliothèque représente 78 000 ouvrages, principalement des livres de photographies. Leur fond filmique n’est pas de moindre importance avec quelque 23 000 mètres de pellicules de films et de rushs. Une collection de photographies contemporaines de plus de 4200 œuvres complète cet ensemble. Inscrit dans la tradition de la recherche sur le terrain, le but de ce fond est de rassembler, d’organiser et de présenter une documentation visuelle qui forme un véritable Atlas des modes de construction humaine, et cela jusque dans les contrées les plus reculées du planisphère. Les photographes et les architectes qui ont travaillé pour l’ADA ont quadrillé la planète et les villes en transformation accélérée. De grands noms ont ainsi cadré et photographié les villes et les espaces pour restituer le mouvement et l’inventivité des hommes. Les archives de l’ADA sont toujours disponibles sur Internet.
L’une des bourses de recherches visuelles de l’ADA concerne les zones de rurbanisation européenne du XX siècle et plus précisément celles qui avaient un lien avec un jeu qui permettait aux participants de gagner des maisons et des résidences dans ces zones rurbaines maintenant délaissées. Avant de consulter cette documentation sur Internet ou de se référer au livre illustré de photographies, de publicités et de témoignages qui relatent l’histoire de ce jeu, il nous faut donner une définition exacte de la rurbanisation tant cette forme d’habitat révolue peut ne rien évoquer pour les lecteurs contemporains.
LA RURBANISATION
Il s’agit d’un néologisme qui désigne le processus d’urbanisation rampante de l’espace rural, d’imbrication des espaces ruraux et des zones urbanisées périphériques. Généralement, l’habitat rurbain s’organise autour des noyaux préexistants de l’ancien habitat rural. La rurbanisation doit être distinguée de la suburbanisation, qui est le développement continu des villes. Elle diffère aussi de la périurbanisation, soit l’urbanisation continue aux franges des agglomérations. La rurbanisation commence dès les années 1950 aux USA, puis s’installa en Grande-Bretagne, ce phénomène est plus tardif en France (après 1970). Les territoires rurbanisés sont, en définitive, une variante des banlieues. Leurs habitants y exercent des activités liées à la ville. Ce qui les oblige à posséder plusieurs voitures par famille. Totalement dépendants de leurs véhicules, ils font souvent de longs trajets pour aller travailler. Ce mode de vie urbain, hypermobile, nécessite donc de nouveaux aménagements routiers.
Les nouvelles voies issues du plan d’occupation des paysages (POP) mènent à un endroit très calme. « Venez voir ce cadre exceptionnel proche d’axes routiers ! ». « Regardez sous les branchages, ces lieux où la ville et la campagne se mêlent ! ». « Un village proche, paisible et authentique afin d’élever ses enfants loin des pots d’échappement ! ». « Découvrez un ancien village aux calmes maisons, aux anciennes passions ! ». « Voyez la pelouse, le jardin, les longs gazons qu’au loin de grands arbres terminent ! ». « Voyez derrière les gouttes de pluie et de lumière, la façade et ses objets paysagés : balcon, bibelots, clôture, portail, systèmes de sécurité ! ».
L’ouvrage de l’ADA décrit l’habitant rurbain, « un peu comme un pionnier », qui investit l’espace par des références à une nature mythique. Celle-ci n’a souvent qu’un rapport lointain avec le paysage ou le cadre rural traditionnel d’origine. Les maisons sont peintes, les jardins sont clos non de murs, mais de grillages ou de haies, plantés d’essences décoratives (réelles ou plastiques) et accessoirement de plantes adaptées à la région. Ces ensembles de maisons ont peu de continuité visuelle avec les villages auxquels ils se juxtaposent.
À la suite d’une édification vient nécessairement l’étape suivante : il faut créer le jardin, ce tapis qui verdoie au-devant de la maison. L’on installe au choix, des agréés, de faux puits à géraniums, des petits moulins boîtes aux lettres, des oiseaux en porcelaine, des roues de charrette, des socs de charrue (vieilles, rouillées, pas chères) ou encore des roches, des menhirs. Tout ce qui rappelle les symboles d’une merveilleuse nature. Ainsi les exigences esthétiques visent-elles la plus grande conformité possible à un « modèle naturel », afin que, bien finie, dans son écrin de verdure, de roses, de charmilles, de faux ruisseaux, cette maison affirme son silencieux combat contre tous les modèles urbains et leurs guerres de rue. Son petit toit pointu bien dressé face aux villes, face aux tumultes de ces vies vouées au chaos ou pour le moins à l’inconfort et au stress. Dans son décor de verdure, l’habitat rurbain apparaît comme une forme dégénérée des utopies prônant le retour à la nature, au « désurbanisme », etc.
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LE CHATEAU-LOTO
Il existait donc au XX siècle un Château-Loto créé par des entreprises automobiles et mettant en jeu des résidences vertes et neuves. C’était une époque où les immeubles de logements collectifs perçus comme dangereux étaient média-dynamités devant des troupes de journalistes, où des bandes de territoires pavillonnaires déqualifiés faisaient l’objet de vastes plans pyrotechniques de destruction télédiffusés (PPDT), cela à seule fin de libérer plus d’espace et de tracer les réseaux routiers menant aux portails des nouvelles cités rurbaines. Les majors de l’automobile qui cherchaient à vendre l’image du bonheur domestique et du moteur à explosion avaient trouvé là un moyen efficace de valoriser l’image de leurs véhicules. Au premier plan de leurs images publicitaires, on découvrait les dernières réalisations de leurs usines, on voyait les nouveaux modèles et les berlines familiales ouvrir en grand leurs portières métalliques devant la verte pelouse des rêves.
Conçues par des cabinets d’architectures partenaires, ces cités étaient des ensembles d’habitats individuels, souvent installés à l’écart des lieux déjà construits. Il s’agissait alors de « mitages », le plus souvent regroupés sous forme de lotissements. Ils variaient en taille de quelques dizaines à plusieurs centaines. Ils étaient toujours constitués des multiples déclinaisons d’un même type de pavillon « solide et antiallergénique ». « K-Home, la ville au vert ! ». Les premières de ces habitations pouvaient se résumer à un double toit en pente, des pièces rectangulaires, des fenêtres régulières, un garage et une entrée séjour. « K-Home, pourquoi attendre plus ! ». Mais comme les budgets initiaux demeuraient serrés, la fausse poutre était apparente et des parements imitaient la pierre.
C’est avec le succès grandissant du jeu que l’architecture des pavillons évolua. Le public appréciait particulièrement les tirages mettant en jeu des habitations plus importantes ou plus remarquables. Dès lors, derrière leurs portails coupe-feu, chacun de ces pavillons avança son image, son style propre. À grand renfort de pergolas, de mansardes, de poutres ignifugées, on construit des « Métairies », des « Ranches », des pavillons « American Campagnard », ce style qui ressemble à la maison de Paul Newman dans le film The Gardener. Pour l’audimat, on mettait en jeu des « Fermettes » mobiles ou encore du « Rustica » démontable. Le public avait le loisir de zoomer sur des kits de maisons de style « Château-Dijon » avec leurs « douves d’entrée antieffraction », où il pouvait se passionner pour le groupe « Villas, Vigilance, Villégiature » et ses infrastructures pour l’arrosage, l’illumination et la surveillance automatiques. Ces pavillons moins nombreux, mais plus imposants étaient livrés prêts à monter afin que le gagnant puisse les installer définitivement dans le lotissement rurbain de son choix.
Leurs choix décoratifs s’ajoutaient à ceux des voisins, ils collaboraient à l’esthétique des cités rurbaines. Chaque pavillon se conformait « naturellement » à un plan et il s’additionnait élégamment aux autres rêves construits. Les habitants et le public voulaient des demeures en dur, des doubles vitrages blindés, des abris anti-curieux, des caméras anti-suspects. Faites pour être léguées, ces grandes demeures se devaient d’entrer dans le patrimoine de la famille. Les images invoquées par ces foyers étaient celles de la stabilité, ainsi croyait-on primitivement à la naturalité et à la pérennité des matériaux comme le bois et la pierre. Pour les cabinets d’architecture partenaire, les programmes de construction avaient changé. Ils se devaient dès lors d’évoquer l’exceptionnelle atmosphère d’une vieille maison de famille : ses murs en pierres brutes, empreints d’histoire, ses cheminées monumentales avec leur four à pain, sans rogner sur le confort moderne. Ils prenaient grand soin d’enclore le tout pour ériger et hypertrophier les images les plus communes de l’architecture traditionnelle. « Château-Loto, un socle sur la Terre ! » (PUB).
LES GAGNANTS
L’une des 14 maisons gagnées au loto samedi 29 janvier a été empochée ce matin par un ouvrier des environs Zonning-Ville. Son rêve ? Récupérer sa voiture ou s’offrir une KMZ T4, sans doute pour voyager sur les sublimes routes de ce coin de campagne… Les heureux gagnants se sont fait remettre leurs clefs ce matin. Le couple, qui a souhaité garder l’anonymat, a validé son bulletin à Zonning-Ville, au bar-tabac restaurant « Le bar des sports ». « C’est la seconde fois de leur vie qu’ils jouent au Château-Loto », explique la responsable des gagnants de la Société Château-Loto (SCL). « La première fois à la naissance de leur fils, la seconde voilà quelques jours, totalement par hasard. Monsieur est sorti plus tôt du travail et il a décidé de jouer ». Ce midi, au téléphone, ils ont ainsi expliqué qu’ils souhaitaient s’occuper de ce patrimoine « afin d’assurer l’avenir des générations futures. Nous allons le léguer à nos enfants ». En tout cas, ils l’assurent, ils ne souhaitent pas bouleverser leur quotidien. Ce type d’habitat, « ce cadre de vie rural », attire des citadins, le plus souvent recrutés dans les classes moyennes et les milieux modestes. Le coût très raisonnable des billets de loto favorise leurs rêves immobiliers. « K-Home, invitez toute la famille au vert ! ». Et comme le dit souvent le patron du « bar des sports » : « Le loto, c’est facile, il n’y a pas besoin de réfléchir aux chiffres à cocher, alors le loto, c’est trop facile pour les pauvres ! »
UN TÉMOIGNAGE
Jacques a gagné une reconstitution du Château de Disneyland avec sa sœur Carole. Il a appris qu’il était l’heureux gagnant le matin de Noël après avoir réveillonné toute la nuit. Ils partent installer leur nouveau bonheur dans le Grand Sud.
— Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de la bonne nouvelle ?
Sur le moment, on est vraiment déstabilisé. Avec le temps, on réalise, on se fait à l’idée d’être le gagnant. Il m’a fallu six mois pour m’en remettre.
— Avez-vous eu peur de le dire par crainte des sollicitations ? Avez-vous caché que vous étiez le gagnant ?
— Oui, nous avons hésité un moment et puis mon frère et moi avons décidé de le dire et tout s’est très bien passé. Notre famille, nos amis ont participé à la fête que nous avons organisée. J’ai même invité mes trois cents collègues. Nous avons bien sûr eu des sollicitations d’inconnus, mais rien de bien méchant.
— Ce château a-t-il changé vos vies ?
Quand on gagne, c’est spécial : ce château, c’est inattendu, c’est trop d’idées. Comment on va faire ? À qui on va le dire ? Faut-il le dire à la famille, aux collègues, aux enfants ? On ne sait pas quoi faire devant cette liste de destinations possibles : on ne sait par quel bout la prendre. On est comme au volant d’une voiture trop puissante…
Les témoignages attestent que devenir riche n’est parfois pas une sinécure. Après le coup de massue reçu par celui qui vient d’apprendre son nouveau statut de châtelain vient une période de désarroi et de questions. Être perçu comme le gagnant d’un gros lot n’est pas de tout repos, particulièrement si l’on vient d’un milieu modeste. En milieu populaire, cette ouverture des possibles est anxiogène : la richesse inattendue offre une multitude de potentialités dont on ne possède pas les clefs. L’accompagnement de la Société des Jeux est alors capital pour surmonter le choc, pour se projeter dans ses terres et apprendre à vivre en seigneur. Des groupes de parole réunissent les gros gagnants, parfois plusieurs années d’affilée. Ils leur permettent de tenir le coup. Dès lors, pas étonnant que les gagnants rencontrés par les urbanistes de l’Ada soient plutôt sages et ne succombent que très rarement à quelques folies, comme ce gagnant excentrique qui avait défrayé la chronique en insistant pour faire installer son chalet bavarois sur le toit de son ancien immeuble.
Gagner soudainement une superbe maison et effacer ses incertitudes matérielles peut entraîner un réel et angoissant bouleversement. C’est pour aider les nouveaux lauréats à y faire face que le service relations gagnant (SRG) de la Société Château-Loto offre gracieusement ses services d’assistance et de conseil et a créé une amicale des gagnants (AG). « J’en ai rêvé, le Loto l’a fait » !
L’AMICALE DES GAGNANTS
« Nous prenons en charge les personnes qui gagnent des châteaux d’une valeur d’au moins 1 million d’unités », explique la responsable du service relations gagnant. « Les gagnants jouent pour gagner, bien sûr ; cette éventualité a été rêvée, fantasmée. Ils y ont pensé, mais pas de façon raisonnée. Quand cela arrive, tous sont pris de court. Dès cet instant, lors de la remise du lot, nous avons une première mission. Cette première étape consiste en une cérémonie suivie d’un déjeuner, elle permet d’échanger, de rassurer les lauréats, de mieux les connaître. Ensuite, nous leur proposons notre programme d’accompagnement. Plus de la moitié des gagnants suivent ce programme », explique la responsable. Outre la lecture d’un livret de conseils, les lauréats ont la possibilité, s’ils le souhaitent, de participer à des ateliers pédagogiques pour se familiariser avec divers aspects de la fiscalité, la finance, le droit de la famille, de la seigneurie, etc. Des groupes de parole entre gagnants sont également organisés par la SCL. Il y a une quinzaine de réunions par an. « Quand on gagne, on est comme un créateur d’entreprise. On a besoin d’information et de formation ; on a besoin d’être écouté et de parler ; et l’on a besoin aussi d’avoir un réseau relationnel », résume la responsable, qui garde parfois des relations avec « ses » gagnants des années durant. « C’est un plaisir pour nous et pour eux, qui jouent le rôle des parrains des nouveaux lauréats. »
« Nous sommes très positifs au service relations gagnants et les lauréats sont extrêmement reconnaissants à la Société Château-Loto de les réunir lors d’ateliers-réflexions. Dans ces cercles, ils apprennent à gérer leur richesse et ils rencontrent d’autres lauréats. Cela est très important, c’est ici qu’ils parlent entre eux, c’est ici qu’ils parlent à des gens qui connaissent les mêmes difficultés, qui sont eux aussi confrontés aux mêmes choix dans leur mode de vie et de ville. Ces lieux d’échange sont comme des clubs dans lesquels ils sont en confiance ».
Ainsi que le soulignent les photographes et les architectes mandatés par l’ADA : « Le fait est que les gagnants veulent avant tout conserver une vie normale. Ils sont très raisonnables et ne commettent guères d’excentricités. Ce que l’on constate, c’est que le gain permet à ces gagnants de réaliser une part importante de leur être. Auparavant, le manque d’argent les empêchait de fuir la relégation contrainte des cités bétonnées et l’environnement brut des immeubles. Avec ces sortes de palais en kit, tous leurs repères urbains pourraient être appelés à se modifier, mais ce n’est pas le cas, car en général, les gagnants du Château-Loto placent leur maison de façon prudente, pour bien se loger ils ne font pas de folies. La plupart d’entre eux demeure dans l’espace rurbain le plus proche de leur ville d’origine ou de leur famille et ils renouent avec leur vie simple d’avant pour inviter, par exemple, leurs collègues, à partager l’entre soi protecteur et arboré d’un “bon voisinage” ».
Les gagnants du loto insistent beaucoup sur ce « bon voisinage » qui leur est d’autant plus nécessaire que, dans l’espace rurbain, il leur faut circuler pour leur emploi, leurs loisirs, les enfants, les achats, etc. Cette fluidité véhiculaire des rurbains, les statistiques et les indices de voisinages sont les premiers critères d’implantation des zones rurbaines de gagnants (ZRG), et, comme le dit le président de l’amicale des gagnants : « Je touche du bois, jusqu’à présent, aucune famille polygame n’a jamais gagné au château-Loto ».
L’INDICE DE VOISINAGE
Au XX siècle, les habitants des villes et des zones rurbaines inventèrent comme indicateur fiable l’indice de voisinage (IV), soit une indication numérique ou littérale qui exprime le rapport de qualité d’un site en fonction de critères de référence. Ce rapport s’établit donc un indice mesuré à plusieurs moments, en différents points du site entre la valeur de bien-être et la valeur critique des lieux [insécurité (s) ; déscolarisation (d) ; nuisance (s) ; pollution (s) ; violence (s)…], Rapport mesuré à plusieurs moments, en différents points du site. Indice de référence (IR), voir annonces immobilières. Indice corrigé des variations du voisinage (ICVV). Indice des prix voisins (IPV) : analysant l’évolution du voisinage et servant d’indicateur conjoncturel à l’urbanisation légale et échappant aux « gangs immobiliers ». Indice d’écoute voisin (IEV) : nombre d’espèces ou de voisins, évalués en pourcentage, ayant écouté ou propagé une rumeur à un moment déterminé, etc.
À l’époque, les indices et les prix du mètre carré de tous les points du globe étaient consultables sur le Net ou sur les portables. Ils étaient étudiés par les agents immobiliers ou les sociétés d’échange d’appartement. Un échange offrait aux touristes la possibilité de se retrouver loin de chez eux dans une maison choisie en fonction de ses indices. « Partez autour de la terre, partez avec vos critères de confort ! ».
VOISINS ET GPS
VOISINS. n. m. (1240 ; de voisin). Déf. 1° Ensemble des voisins. Voir entourage. Les voisins vivent et travaillent à proximité. « Le voisin est un animal nuisible assez proche de l’homme. Très proche, trop proche. C’est d’ailleurs de cette proximité que naît la nuisance du voisin » (Pierre Desproges). 2° (1283) État de proximité (d’un lieu, d’une personne, d’une chose) par rapport à (une chose, un lieu). « Je vais regretter le voisinage de la mer » (Sand). Voir proximité, aide engagement, (1575) Relations entre voisins. Être, vivre en bon voisinage avec qqn. Dr. Trouble de voisinage. 3° Proximité dans le temps. Voir approche. Le dur voisinage de l’hiver, suite à quoi, « elle alla crier famine, chez la fourmi sa voisine » (La Fontaine). 4° (1596) Espace qui se trouve à proximité, à faible distance. Les maisons du voisinage. Se trouver dans le voisinage. Voir Environs, parages. « Étaient présents trois jeunes hommes, tous enfants du voisinage : le voisin de table, le voisin d’hôpital et le dangereux voisin » (Fabula Vicini). Fmlr. « Le voisinage ici, c’est ni le Ritz, ni les campings cars ! » ; « Les voisins c’est les voisins ! ».
À l’aide d’applications pour téléphones portables couplés avec des GPS, il était possible de signaler les villas des lauréats : « Là où habitent des gens riches et toujours en vacances ». Si un joueur, un voyageur ou une personne souhaitait découvrir le ou les Châteaux-Loto d’un tirage précis depuis la création de ce jeu, il avait là le bon outil : pour connaître le Château-Loto le plus proche, il pouvait se référer à ce type de carte, de même pour consulter n’importe quel résultat du Loto, il lui suffisait d’entrer l’année du tirage du Loto recherché. Une fois la sélection effectuée, la liste des dates et des lieux s’affichait : « Gare-toi, c’est là ! »
Avec ce dispositif, un fan, un photographe en herbe ou un camping-car de passage pouvaient stationner devant les sites incontournables du Châteaux-Loto. Ils pouvaient découvrir la campagne, les villages, les forêts, les jardins et les curiosités des alentours. Ils avaient accès à ce patrimoine vert témoin des grands évènements de l’histoire du Loto. Ces grands rendez-vous du loto tourisme constituaient un objectif passionnant pour les vacances et pour les enfants une très bonne introduction à l’univers des jeux de hasard. Le loto tourisme qualifié alors de tendance touristique fiable (TTF) par des sociétés comme la World Monitor allait devenir un enjeu pour des municipalités partagées entre l’intérêt que leur portaient ces voyageurs et la gêne occasionnée par ces groupes humains ou ces véhicules postés sur la voie publique comme autant de nouveaux voisins temporaires.
LES ÎLES SOUVERAINES
Toujours soucieux d’instruire les lecteurs contemporains de modes de villes surannées ou d’habitus inconnus, les chercheurs de l’ADA consacrent à la fin de leur ouvrage un court chapitre à un concept d’îles privées dites « Îles Souveraines » : il s’agissait de l’initiative d’un armateur qui chercha un temps à s’associer au jeu de la SCL afin de promotionner leur concept d’îles artificielles et privées. Basées sur des technologies de constructions maritimes innovantes, leurs îles permettaient de déployer avec une grande liberté des structures susceptibles de fonctionner en autarcie. Contrairement aux constructions maritimes classiques complexes et coûteuses, la base modulaire de leurs îles s’ouvrait tel un système de parasol pour construire sous l’azur les surfaces nécessaires aux installations aquacoles, aux plateformes de loisirs ainsi qu’aux habitations. Les lauréats et les gagnants amoureux de ces oasis modulables se voyaient attribuer une île privée pleine de lumières, sur laquelle installer la paillote ou le pavillon de leurs rêves. De surcroît, ces îles aux flots caressants présentaient une juridiction stable et certains avantages fiscaux forts utiles à la création d’entreprise ou de compte offshore.
Ce sont ces mêmes îles qui servirent de décor à la promotion d’un parfum désormais célèbre et pour lequel la top model Eva Barcelova, le visage et le corps le plus célèbre de sa génération posait aux côtés de Fortunato Fernandes, l’incandescent nageur brésilien. Sur le rivage carrossé des îles artificielles, les silhouettes de leurs superbes corps dorés incarnaient tout le luxe du parfum. De fait la composition de Flybust, ce grand parfum, mêlant l’or musqué et l’iode, ces fragrances mythiques et luxueuses, est à la fois fraîche et ensorcelante et, aujourd’hui encore, elle lui confère une aura d’aventure et de volupté.
FIN
La semaine prochaine : Le Gagant ramasse
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Très belle nouvelle, à la fois drôle, inquiétante et d’une précision presque documentaire. J’ai beaucoup aimé ce faux regard d’archive posé sur nos rêves pavillonnaires : il rend d’autant plus sensible ce qu’ils ont de fragile, de fabriqué et de profondément humain. L’invention du Château-Loto est particulièrement réussie.